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Seize petits textes aux 11 mains et 110 doigts

    • I •
Il avait les yeux fermés. Son coeur ne battait plus, alors on l'a empaillé. Et on battit les cloches pour l'accompagner sur le chemin de la mémoire. C'était une vieille histoire. L'homme est en vitrine maintenant, exposé dans la grande salle de la mairie. Il parait bien plus jeune que sur cette photo... je me souvenais d'un vieillard ventripotent. Il s'est fait tuer sans qu'il le voit. Quel dommage!
 • II •

Deux jours à peine après l'accident qui avait coûté la vie à son père...

Il pouvait être en voiture. Il pouvait avoir raté la dernière marche de l'escalier du clocher. Ce n'était pas vrai. Peut-être ? C'était vrai sûrement puisqu'on le disait. L'enfant ne voulait pas y croire, son père allait l'appeler, lui dire d'aller faire ses devoirs... Il était peut-être renversé par quelqu'un ? Mais non, tout simplement, c'est qu'il avait raté la première et dernière marche ; je tremblais. Trempé de sueur, réveillé en sursaut des ténèbres du cauchemar, Grégoire s'habituait doucement, tremblant encore fiévreusement, à l'idée contraire de son rêve terrible.

Il arrive parfois qu'on se trouve dans une situation bizarre !
Que mon papa me parle de choses qui n'existent pas ! Que la nuit les chouettes commencent à hurler ! Que la nuit il y ait des éléphants roses qui se promènent dans la salle de bain !
Il se sentait peut-être très mal ? Il avait de la fièvre et ses poumons le brûlaient. Comme tout cela est bizarre ! Très bizarre ! Ou il était peut-être handicapé ? Mais moi j'avais peur. Tellement que je pleurais, j'avais peur pour lui. J'essayais de le consoler, ça me consolait. Comme cela, pour rien, juste passer le temps.

Il arrive parfois qu'on se trouve dans une situation bizarre !
Que mon papa me parle de choses qui n'existent pas ! Que la nuit les chouettes commencent à hurler ! Que la nuit il y ait des éléphants roses qui se promènent dans la salle de bain !
Il se sentait peut-être très mal ? Il avait de la fièvre et ses poumons le brûlaient. Comme tout cela est bizarre ! Très bizarre ! Ou il était peut-être handicapé ? Mais moi j'avais peur. Tellement que je pleurais, j'avais peur pour lui. J'essayais de le consoler, ça me consolait. Comme cela, pour rien, juste passer le temps.

Au milieu de la rue du 3 juillet, un grand type saisit Mathieu par le bras. Mathieu se retourna en poussant un cri. L'homme se mit à parler. Mathieu tremblait. Il cria. Et son cri emplissait tout l'espace et se répandait jusqu'au village voisin. C'était à Landes le Gaulois. Je le reconnaissais, c'était son frère, les mains toujours dans les poches et son froc en diagonale, typiquement. Uniquement perdu dans le brouillard équivoque de son pauvre passé, des blessures mal refermées de son cÏur à venir.
Elle repoussa son capuchon et je vis le visage d'une jeune fille inconnue. Elle ne ressemblait pas du tout au fameux petit chaperon rouge. Il est naze ce chaperon tout rond, tout rouge. Ah, c'est peut-être le Père Noël. Quoi ? le Père Noël...une fille ? sa fille ? sa mère ? Ça se peut, oui, ça se peut. Un Père Noël sans traîneau, sans jouets et sans enfants. C'est mon père le Père Noël, l'inconnue n'est pas le Père Noël.
Un craquement mou, les vis n'ont pas résisté, la porte s'est ouverte. Quelqu'un est sorti. Et la porte est tombée. Qui est sorti ? C'est Mathieu qui est sorti. Où va t-il ? C'est trop tard. C'est pas ça. Moi je ne sais pas. Moi je sais, il va à San Francisco. Mais pourquoi si loin ? Parce qu'il aime, parce qu'il aime bien. Parce qu'il a peur du village où il habite. Parce que Mathieu est un monstre. Trop connu dans son village. Et pourquoi s'en va t-il ? Il a peur de se faire tuer. Par les chasseurs de lapins. Car Mathieu mange tous les animaux. Et les chasseurs ne peuvent pas tuer des animaux déjà morts. C'est difficile. Mathieu abandonne avec regret sa vieille cabane. La porte est tombée et les murs ont suivi. C'était la maison d'en face. Tout s'est écroulé.

Un jour, mon père avait capturé quatre rats. Ils pouvaient le griffer. Il saisit les quatre queues dans sa main droite, comme un bouquet de fleurs hurlantes. Quand il les caressait, les rats lui disaient d'arrêter. J'avais peur, je lui criais " arrête ". Je me suis caché sous mon lit. De peur de lui faire peur. C'est sous mon lit que j'ai capturé quatre souris. Quatre souris dans mon poing serré, quatre souris affolées, des millions de cris.

Je suis à bicyclette... je pédale énergiquement parce que c'est un vieux vélo, sans vitesses, sans garde-boue, avec seulement des pneus usagés et des freins qui ne fonctionnent pas toujours et un guidon aux poignées de caoutchouc craquelé. Et c'est la gamelle.
" Tu t'es fait mal ?
- Oui, appelle les secours.
- Ils sont déjà partis. "
La vieille voiture des secours n'avançait pas vite, elle était bien fatiguée. Il était froid ou cassé. Et le monsieur pleurait. Il avait beaucoup de larmes. Ça faisait très mal. Il était tombé du dos d'un éléphant. D'un éléphant ou d'un vélo, c'est pareil, ca fait mal. Il s'est roulé dans la boue alors il ne marchait pas beaucoup. Et tout cela pour faire tiquer les insectes et arrondir les angles de ses os. Il n'avait pas grand chose. Juste un gros trou dans le dos, c'était rien. C'était rien pour lui, mais lorsqu'il chercha des yeux son vélo, il ne put en voir qu'un lambeau de pneu, tout le reste avait explosé.

Immobile, sans un souffle, il gisait, le visage contre la terre marécageuse. Il était vivant. C'était un lapin. C'était mon père qui l'avait tué. Papa est un chasseur qui m'a habitué à ne jamais tuer les animaux. Il prenait plaisir à se promener, ramasser les champignons, repérer les traces des bêtes sauvages... plus qu'à tirer ! Des animaux. Il y avait une girafe et des singes. Ils se promenaient partout. Partout ! jusqu'au moment où ils ont rencontré le lapin qui reprenait son souffle. Tous les animaux pleuraient. Pour se calmer.
Près de la fenêtre, dans une petite pièce à demi obscure, mon père, vêtu de blanc, est étendu à terre. Il était tombé et me regardait. Il s'était cassé une jambe. Il avait mal. Et il allait à l'hôpital. Je passais fréquemment le voir dans sa chambre triste. Peut-être qu'il est tombé en faisant le cochon pendu ? Il est bien seul maintenant ce cochon et songe parfois à se pendre. Sur une branche. Il en avait marre de l'Hôpital. Alors il appelait : " est-ce que je peux sortir s'il vous plaît " ?
Très tôt, j'ai appris à trembler devant mon père parce qu'il me faisait peur. Il a eu trop froid. C'est pour cela qu'il était en colère et qu'il me faisait peur. J'ai alors appris à le réchauffer, à fendre le bois, à y mettre le feu à l'aide des vieux journaux qui sentent la poussière et la crotte de souris. Mais mon père avait toujours froid, trop froid, je le pris alors par la main... Et je l'ai amené près du feu. Il a eu très peur parce que je le voyais.

C'est en novembre que tout a commencé. La neige s'était mise à tomber. Les maisons étaient couvertes de neige. Le périmètre de chaque cheminée présentait un "no man's land " rétif à l'accroche de cette neige tant rêvée. Il neigeait vraiment très très fort. David, mon petit frère, n'avait jamais vu ça, ma chienne courrait dedans. A toute vitesse. Elle rata la dernière marche, elle aboya. Sur la mur. Maman la prit dans ses bras. Et la ramena dans la maison.

Je suis née le 23 décembre 1987. Ma mère m'a dit que ce soir là ... il ne neigeait pas et que le soleil ronflait, béat d'admiration. On allait fêter Noël. Le frigo était plein, la belle nappe blanche brodée était sortie sur le divan et le chat ronronnait. Le sapin rigolait de lumières et d'anges dérisoires. Et moi, j'étais là dans le ventre de maman, je commençais ma descente ... non, maman ne passerait pas Noël autour de la table familiale. D'un seul coup, le sapin tomba sur maman, moi je rigolais tellement que tout le monde se mit à rire sauf maman.
Dehors, c'était un matin gris et froid de novembre et il pleuvait à verse. Papa était sorti travailler de si mauvais temps. La neige tombait lentement. Pluie et neige mêlées, route sale, arbres dégoûtants. Moi, je restais bien au chaud, un roman à la main. J'étais près du feu. Un épais brouillard envahissait peu à peu la maison ; je n'avais pas vu que la fumée de la cheminée entrait discrètement mais sûrement dans la pièce où un roman à la main je laissais tomber la neige lentement alors que papa était sorti travailler par un si mauvais temps.
J'ai rêvé l'autre nuit qu'il y avait une vipère. Et aussi il y avait une autre vipère. Et encore une vipère. Et encore une autre vipère. Une multitude de vipères grouillaient dans ma chambre, sous mon lit, derrière les rideaux, dans le ventre crevé de mon nounours. Je voulais crier; aucun son ne sortait de ma gorge, mon lit ne faisait qu'une trop faible barrière pour ces reptiles...je les entendais ramper, siffler... J'avais tellement peur que je courus voir mes parents en criant, ça a réveillé tous les voisins. J'ai rêvé l'autre nuit que j'avais réveillé les voisins en criant; que mon papa n'était pas en train de dormir; qu'il marchait dans la maison, pas à pas d'oie, écrasant les vipères, me pressant dans ses bras d'où je hurlais. Mon père était parti et je pleurai.
 
Il arriva chez nous un dimanche de novembre 1999. C'était mon papi. Il avait sa chemise blanche du dimanche et ses chaussettes à pois gris du jeudi. Il était beau. Il sentait le gâteau et l'anis. Et portait un chapeau noir. Et alla frapper à la porte en criant : " ouvrez s'il vous plaît " ! Ma sÏur finit par lui ouvrir la porte. Et là, il voit quoi ?
 •XVII •

Il arrive parfois qu'on se trouve dans une situation bizarre !
Que mon papa me parle de choses qui n'existent pas ! Que la nuit les chouettes commencent à hurler ! Que la nuit il y ait des éléphants roses qui se promènent dans la salle de bain !
Il se sentait peut-être très mal ? Il avait de la fièvre et ses poumons le brûlaient. Comme tout cela est bizarre ! Très bizarre ! Ou il était peut-être handicapé ? Mais moi j'avais peur. Tellement que je pleurais, j'avais peur pour lui. J'essayais de le consoler, ça me consolait. Comme cela, pour rien, juste passer le temps.